CHOUA-YA.... CHOUA-YA.... CHOUA-YA....

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Ghazaouet

Le quotidien des pêcheurs

Vêtus de bleu de Chine, coiffés de bonnets parsemés d’écailles, les marins pêcheurs, juste avant le coucher du soleil, se regroupent dans un café situé non loin de la pêcherie. Silencieux, les yeux enflés par le manque de sommeil, le regard vide, ils contemplent le déroulement majestueux de cette mer infinie qu’ils défient chaque nuit que Dieu fait, à la recherche de leur gain…

Ils observent longuement le ciel pour s’assurer de la direction des vents, du temps qu’il fera … ils ne se trompent que rarement, ce sont de véritables spécialistes en météorologie. Après cette pause café qui ne dure pratiquement qu’une vingtaine de minutes, « les bahria » regagnent leurs vestiaires pour mettre leur tenue de travail puis se dirigent vers leur embarcation. Là, ils attendent l’ordre du Rais pour prendre le large vers l’inconnu, un inconnu qui, parfois, leur réserve bien des surprises. Dans un bruit assourdissant, les sardiniers, l’un après l’autre, quittent le port. A bord de leur bateau, les marins pêcheurs se forment en groupes pour dîner. Le Rais à l’intérieur de la cabine, les yeux rivés sur le sondeur, détecte la présence des poissons.

Concentrer les lumières

Dès qu’un banc est localisé, le patron ordonne au lampiste de concentrer les lumières sur la zone de pêche. Quelques temps après, quand les poissons remontent à la surface et se rassemblent autour de la lumière, le Rais commande de lancer les filets. C’est le moment crucial de la nuit. Si la prise est bonne, une grande joie envahit le bateau. Dans le cas contraire, une irritation s’empare des bahria qui ne cessent alors de méditer sur leur sort. A l’aube, les sardiniers mettent le cap sur le port. A peine l’embarcation amarrée que les marins sautent sur la terre ferme et une chaîne s’improvise. Les caisses de poissons passent de main en main pour être disposées en piles soigneusement alignées, derrière lesquelles se place le vendeur à la criée. Les enchères se succèdent à un rythme infernal. Pour le profane, le langage est codé et les échanges quasi ésotériques « pour ces caisses de sardines ? », demande le crieur en parcourant du regard les visages calculateurs des mandataires disposés en arc, face à lui. Suite au prix lancé par l’un de ses vis-à-vis, il reprend « 150 » Un signe de tête d’un autre mandataire et il annonce 155, puis un clin d’œil lui commande d’aller à 160. La cadence s’accélère, les enchères montent rapidement. Les mandataires cèdent l’un après l’autre et la prise échoit à celui qui a réussi à passer les fatidiques trois coups. La prise enlevée, une autre est mise de suite aux enchères et la criée reprend. Le carrousel dure ainsi jusqu’au petit matin.Les bahria, après avoir déchargé leur prise et vendu leur part de poissons appelée communément (galfa), destinée à la consommation, font une petite escale au café.

Omar El Bachir

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Ahhhhh kheyti hadi ch'haaaaaaal ma tchlina essardine!!!
M'fawek matclhlich essardine , yal habiba???
Men l'bareh... ya laaziza diali! men l'bareh... ou tchi rah fi khatri!!

Eh oui!!! passer une journée sans manger de la sardine pour certaines gens de Ghazaouet était trop long!! ou tout simplement inconcevable, voire impossible. Il était rare de passer une seule journée sans manger "Esserdine" dans nos chaumières. Chaque famille avait son majmar (brasero) et sa chouaya (grille).... La sardine faisait tout simplement partie intégrante de la vie locale de Ghazaouet... Rares étaient ceux qui n'avaient pas un membre de la famille qui n'éxercait pas le métier de bahri (marin-pêcheur). Les voisins de Nédroma nous traitaient de "wakkeline essardzine" (et nous les traitions de watchaline eddouara).

La sardine, ce petit poisson bleu de quelques centimètres de long, de la famille des clupéides, au corps fuselé‚ et argenté, se déplacant en banc ou yenpou...riche en oméga 3 (diminution des risques cardio-vasculaires), était le plat de toute notre région. C'est en été que la sardine envahit les étals des poissonniers et que l'odeur de la chouaya envahit à son tour chaque coin de Ghazaouet.


Entrée des bâteaux de pêche au port.




Une bonne Chouaya avec une bouteille de limonade d'amende....ou limonade di bita... et vous m'en donnerez des nouvelles...


Un exemple de "Chouaya" (grillade) collective

Une intiative fut prise il y a quelques années, en créant la "Fete de la Sardine", fête qui rend hommage à ce petit poisson qui avait fait la réputation de toute la région. Qui d'entre nous a oublie les Boîtes de sardines a l'huile et à la tomate "fabriquees" par les Sardineries de l'Usine "Ammi el Mokhtar" et avant elles, celles des Galano et Papa Falcone...

La sardine,ou plutôt les sardines, se prepare aussi d'autres manières que la chouaya. On peut la frire... en la roulant dans la farine (d'ou l'expression "se faire rouler dans la farine"), on peut aussi en faire du Yaprak, des boules de sardines écrasées, mélangées au persil, ail et riz bouilli...des boules qu'on peut frire ou alors mettre en marmite avec des pommes de terre... un véritable délice...

L'Anchois, l'autre poisson-roi à Ghazaouet
De la même famille que la sardine, et présentant les mêmes aspects, le bokorone faisait partie des mêmes plats que sa soeur "esseridna". Il a en plus la possibilite et la faculté de se conserver, c'est qu'on appelle el bokorone di mrakkede (l'Anchois salé).

Le principe est simple, une fois le poisson étété, on l'empile en couches dans des bordelaises (portlaizate) en semant par grosses poignees du sel, jusqu'à noyer la couche et ainsi de suite jusqu'au bord de la bordelaise qui sera ensuite couverte d'un couvercle de bois sur le quel on aurait mis un grand poids (la plupart du temps des grosses pierres) afin de bien tasser et entasser le poisson empilé. La bordelaise est ensuite mise dans un coin pendant quelques mois en attendant que le "hout mrakkade" soit prêt a la consommation.

Ce "hout mrakkade" est surtout prisé pendant le mois sacré du Ramadhan, où il est servi en salade, assaisonné à l'huile d'oilve.


Salaison d'anchois de façon traditionnelle

Oui... une bonne chouaya de sardines et une bonne salade de bokorone mrakkade, et une bonne khoubza mdaoura, toujours accompagnées d'une bonne limonade di tchehla di youtro ou nass (bla tchissen!), cette fois-ci.... que demander de plus????


L'Usine de Salaisons des Freres Falcone au Quartier du Cours Bensoussan, l'actuel Der Zalamit.


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